« Un je ne sais quoi qui n’a de nom dans aucune langue », dit Bossuet de ce qu’est devenue l’exquise princesse dont il prononce l’oraison funèbre désolée. Les restes humains, depuis l’aube de l’humanité, inspirent aux vivants des sentiments contraires. L’attachement à la personne persiste au-delà de sa « disparition » et l’on ne veut pas s’en séparer. Mais le respect dont on entoure ce qui subsiste nous porte justement à en faire disparaître toute trace rapidement, avant que la décomposition n’intervienne. En revanche, il faut accorder au défunt une digne sépulture, afin d’en garder le souvenir. D’ailleurs, en certaines langues, mémoire et tombeau sont quasi synonymes.
Les rites funéraires apparaissent donc comme le rappel obstiné d’une espérance folle : celle qui fut en l’homme au temps révolu où il se savait encore dans l’amitié de Dieu, son créateur qui l’aimait jusqu’à lui destiner sa propre vie éternelle. Folle cette espérance, certes, car notre condition terrestre ne peut se penser sans le processus d’effacement des générations les unes après les autres pour faire place aux suivantes. Sage plus qu’humaine, pourtant, s’il est vrai que notre Père du Ciel ne nous a pas abandonnés à l’ennemi, et qu’à lui tout est possible même la résurrection. Mais « comment cela peut-il se faire ? », demande l’humanité, telle Marie s’adressant à l’Ange.
Isaïe déjà, parlant pour Dieu, disait : « Ne faites plus mémoire des évènements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle ». Assurément, le signe de Lazare sortant tout lié du tombeau à la voix du Christ venu voir son ami qui « sentait déjà » après quatre jours, annonce la réponse fulgurante de Pâques. Il dit à la fois que Dieu bénit notre espérance obscure, et qu’il va la combler d’une façon inespérée et tragique, d’une nouveauté absolue et confondante. En effet, c’est au prix de sa propre mort, aussi vraie que la nôtre, seulement dispensée de la corruption, que le Fils éternel nous obtiendra la Vie préparée pour nous au commencement du monde.
Père Marc Lambret