« Le Christ, notre Pâque ! » (1 Cor 5,7)

Epiphanie : La route de la Sagesse

texte à télécharger ici

Is 60,1-6 ; Ep 3,2-3a.5-6 ; Mt 2,1-12

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : “Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui”. En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui.

Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : “À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : ‘Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël’.”

Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : “Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui”.

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Nous célébrons aujourd’hui la solennité de l’Épiphanie. « Épiphanie » signifie « manifestation », réalité cachée qui devient visible. Il s’agit évidemment de la réalité cachée de Dieu qui, dans l’enfant Jésus, devient manifeste. La tradition chrétienne associait à cette fête trois manifestations de la gloire divine : aux païens, dans l’épisode de la visite des mages d’Orient, au peuple d’Israël, dans le récit du baptême de Jésus et aux disciples, lors des noces de Cana. Avec le temps cette mémoire s’est étalée sur plusieurs dimanches pour qu’on puisse en goûter davantage les richesses.

Aujourd’hui donc il s’agit de la manifestation à ceux qui pour nous, chrétiens, sont « autres », comme l’étaient pour Israël ces mages venus d’Orient, astrologues absorbés par les relations entre le mouvement des astres et le déroulement des vies humaines, ancêtres de nos fabricants d’horoscopes.

Ce qui frappe dans l’Évangile de ce jour, c’est que le mouvement des astres, et particulièrement d’une étoile (dont on ne saura jamais, malgré la sagacité des exégètes, ni l’origine, ni le nom), met en mouvement ces sages orientaux. Et s’il s’agissait de l’itinéraire possible de la sagesse humaine ?

Suivons le guide !

En route vers Jérusalem

Une étoile a surgi en orient. Nous savons tous aujourd’hui que les étoiles se trouvent à des années-lumière de nous, parfois même à plusieurs milliers d’années-lumière : c’est le mystère caché depuis la nuit des temps qui se manifeste, le projet de Dieu sur sa création. Et soudain, des sages qui ignorent tout de Dieu, car leur dieu est un objet de philosophie (au sens propre du terme : de leur « amour pour la sagesse »), aperçoivent cette nouveauté dont ils comprennent le sens, sans pourtant le connaître : le roi des Juifs est né ! Quelle peut bien être l’importance de ce roi pour ces mages ? Ce pourrait être une simple curiosité de philosophes : il vaut toujours la peine de connaître un roi… Sait-on jamais !

Voici donc les sages en route : les nations se mettent en marche vers la lumière, comme l’annonce la première lecture : « Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore » (Is 60,3). Serait-ce de là que ces mages doivent d’être devenus des rois dans l’imaginaire collectif ?

Traversant les déserts des connaissances humaines, ils arrivent à Jérusalem, mais leur guide s’est esquivé. Où donc se diriger ? Si un roi est né, c’est au palais royal qu’il faut aller ! Mais là, au lieu de la joie annoncée par le prophète : « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue ta lumière » (Is 60,1), on ne sait rien. Ignorance de ceux qui devraient savoir… Voilà une information qui confirme que les puissants ne sont guère intéressés par le savoir mais seulement par le pouvoir : le roi est bouleversé et se sent menacé, car il entrevoit un concurrent ! On convoque alors tout ce que le pays possède en fait de connaissance. Et effectivement, ils savent !

… puis vers la lumière

Bethléem ! C’est là, selon le prophète Michée (cf. Mi 5,1), que doit venir le roi des Juifs, comme c’est de Bethléem qu’était sorti David, le roi « selon le cœur du Seigneur » (1Sam 2,35).

Alors qu’à Jérusalem personne ne bouge, les mages – heureux d’avoir obtenu une réponse à leur interrogation – se mettent en chemin : plus que quelques kilomètres… Et en ce temps-là, pas de mur de la honte pour séparer les purs des impurs.

Réapparaît le guide pour confirmer la joie des mages, et les voici devant… la gloire de Dieu : un enfant et sa mère, la joie face au miracle de la vie.

À la gloire de Dieu que peut-on offrir, sinon tout ce qui est nôtre et pourtant provient de Dieu ? De l’or, nos richesses ; de l’encens, pour accompagner notre adoration ; de la myrrhe, pour l’honorer jusque dans sa mort, car, oui, la gloire de Dieu se manifeste jusque dans sa propre mort, entre deux brigands, sur le Golgotha. C’est même là qu’elle se dit en plénitude, car c’est là qu’advient l’échange merveilleux : elle s’empare de notre mort et nous fait part de sa vie.

Devant le même mystère

L’épître de ce jour indique le lieu où prend fin le pèlerinage de la sagesse humaine. Elle s’arrête et tombe à genoux devant la révélation du mystère divin : « Toutes les nations sont associées au même héritage, deviennent un même corps et partagent la même promesse, dans le Christ Jésus, grâce à l’Évangile » (Ep 3,6).

Tel est le sens de toute l’histoire du monde : faire en sorte que toute l’humanité devienne un seul corps, héritier de la promesse que le Seigneur fit jadis à Abraham, lorsqu’il lui annonça : « En toi toutes les familles de la terre seront bénies » (Gen 12,3).

Que cette promesse de Dieu illumine pour nous cette année qui commence et demeure le lieu où s’ancre notre espérance, au-delà de tout ce que nous pouvons vivre nous-mêmes ou entendre au travers des divers instruments de communication sociale. Les douleurs que traversent tant de populations, qui pourtant aspirent à la paix, sont les douleurs de l’enfantement de cette promesse.

Fr. Daniel