« Le Christ, notre Pâque ! » (1 Cor 5,7)

Pistes de réflexion évangile 5ème dimanche de Pâques (Jean 14, 1-12)

Ce passage d’évangile est un extrait du premier discours d’adieu prononcé par Jésus le soir du jeudi saint, juste avant son arrestation et juste après avoir lavé les pieds de ses disciples.
L‘ambiance est assez pesante, les apôtres sont inquiets. Judas vient de sortir pour assumer sa décision…
C’est le temps de l’incertitude et de l’appréhension du lendemain ; c’est le temps des questionnements refoulés qui adviennent aux lèvres : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas » (Jn 14,5), « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit ! » (Jn 14,8).

Ces questionnements de Thomas et de Philippe sont comme les supplications des croyants désemparés ; c’est la prière de ceux qui ont misé leur existence et leur avenir sur la fidélité à Jésus et qui, devant l’échéance de la mort, la confrontation à l’échec, ou la peur de l’avenir ne savent plus où donner de la tête et comment s’orienter.

Le désarroi de Thomas et de Philippe est un désarroi qui traverse l’âme de tout disciple dans les moments clefs de son existence.

Ce texte d’évangile est souvent lu dans le cadre de la liturgie des obsèques, mais il convient tout à fait à ce dimanche 10 mai 2020, juste avant la reprise du déconfinement progressif.

Dans ce passage d’évangile, Jésus révèle son identité profonde : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6), « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14,6), « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9), « Je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14,10).

Cette déclinaison de sentences et de versets n’est pas un catalogue de définitions à répéter sans réfléchir et sans prier : c’est une clef de relecture de nos vies à la lumière de la Pâques, c’est un dévoilement du projet de Dieu manifesté en Jésus, c’est une révélation de ce qu’est le « Chemin du salut », le « Chemin de Jésus, le Fils du Père », le « Chemin de l’Amour véritable » : c’est le Chemin que nous sommes tous invités à emboîter pour avoir part à la Pâque bienheureuse du Christ !

Il y a en effet dans tout ce chapitre 14 de st Jean beaucoup de références au thème du voyage, de partir, d’aller, de revenir… Quand on le resitue dans le contexte de la passion et du jeudi saint, on comprend bien qu’il ne s’agit pas d’un voyage d’agrément ni d’une promenade d’entretien physique, exigeant une attestation de déplacement dérogatoire… C’est plutôt le pèlerinage de notre existence, le voyage que nous accomplissons ici-bas avant de rejoindre la demeure du Père.

Dans le langage sémitique, croire veut dire « faire confiance à la parole de quelqu’un ». Ce discours d’Adieu de Jésus est une invitation à croire qu’il est lui-même « la Parole du Père » : c’est une Parole qui se dévoile tel un chemin dans la relecture de ses faits et gestes, de sa prédication, de sa mort et de sa résurrection. Mais aussi dans l’accueil de son commandement d’Amour et du don de son Esprit Saint pour continuer à croire sans être bouleversés.

Le chemin est un thème primordial dans cette page d’évangile. Jésus dit d’abord : « Je suis le Chemin » comme l’Eternel dit à Moïse : « Je suis Celui qui serai » (Ex 3,14). Croire, c’est d’abord se mettre en chemin, c’est mettre ses pas dans les pas de Jésus, dans les pas de celui qui est venu pour faire la Vérité, les pas de celui qui a donné sa Vie, est entré en conversation avec tous ceux et celles qui ont croisé sa route, les pas de celui qui n’a pas été vaincu par la souffrance et la mort.

Cette page d’évangile est bien sûr le testament de Jésus le soir du jeudi saint, mais elle est aussi la méditation de st Jean, plusieurs décennies après la Pâque de Jésus, quand il relit en sa propre vie et la vie de l’Eglise.

Quand Jésus dit « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie […] Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14,6)», certains pourraient croire des paroles d’intolérance ou de fanatisme.  Mais si l’on met en perspective ces paroles dans la lumière de Pâques, elles sont au contraire des paroles d’ouverture, de grande liberté éclairée par les évènements du vendredi saint et du matin de Pâques.

Le vendredi saint en effet, Pilate présentera à la foule le choix entre Jésus (littéralement « Dieu sauve ») et Barabbas (littéralement « le fils du Père »), comme pour nous redire que l’on peut se faire des fausses idées sur « le fils du Père » (bar-Abba), et s’inventer des caricatures sur Dieu, autoritaire et lointain, tel le dieu de Pilate, Jupiter (Deus Pater  littéralement « Dieu le Père »).
St Jean avec beaucoup de subtilité et de finesse, nous invite à nous interroger sur les mots que nous utilisons même pour désigner Dieu, pour désigner Jésus, pour désigner le Père.

Si la foi n’est qu’un bégaiement de dogmes qui ne rejoint pas notre propre expérience de la Pâques, elle ne conduit ni à la Vérité, ni à la Vie.
Au contraire, si la foi est chemin, le chemin de notre propre existence, dans lequel nous renonçons aux mensonges, à l’hypocrisie et aux faux semblants, alors, nous cheminerons vers la Vérité : cette Vérité nous sera révélée pleinement quand nous retrouverons le Christ ressuscité dans les demeures éternelles du Père.

Si la foi est Chemin, elle nous permet de faire confiance au Verbe de Dieu, Jésus lui-même, qui devient notre propre chemin quand par la prière et le service dans le quotidien de nos vies, nous essayons d’avoir ses propres sentiments, son propre comportement, sa propre volonté pour nous convertir, nous libérer de l’esclavage du péché et nous réconcilier avec la volonté du Père sur chacun d’entre nous.

C’est ce Chemin de confiance, ce Chemin d’espérance, ce Chemin de Vérité et de Vie, qui nous permettra de comprendre quel prix nous avons chacun personnellement aux yeux de Dieu. Ce prix, cet amour privilégié, c’est sa demeure qui nous le révèlera en plénitude.

Au début de l’évangile de Jean, le disciple pose la question « Où demeures-tu ? » (Jn 1,38)

A la fin de l’évangile, Jésus répond « Que votre cœur ne soit pas bouleversé il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père… Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai avec moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin ! » (Jn 14,1;3-4)

 

Gilles Rebêche, diacre