Une forte personnalité, souvent, suscite des sentiments radicaux : les uns l’adorent, les autres la détestent. Des vedettes, d’ailleurs, en rajoutent par stratégie ou par coquetterie : plutôt choquer que de laisser indifférent. Et leurs fans vous somment de prendre parti : si vous ne ralliez pas le club, confessez donc votre hostilité ! Jésus, lui, loin de toute stratégie ou coquetterie, apporte la paix et réprouve la division : s’il en devient pourtant la cause, c’est parce que ses ennemis ne supportent pas qu’on croie en lui.
Tel est le drame qui se joue dans l’épisode de l’Aveugle-né, l’évangile de l’année A que nous prenons pour les catéchumènes adultes. Guéri par Jésus, l’homme se retrouve en butte à l’inquisition des pharisiens qui tentent de contester le miracle. Or, à force d’interroger agressivement l’homme qui avait été aveugle, ils ne parviennent qu’à l’éveiller à la foi vive, tandis qu’eux-mêmes s’enfoncent dans le déni et la violence. Par leur propre refus de la
lumière, ils lui opposent les ténèbres hostiles.
Dans la parabole du fils prodigue (évangile de ce 4e dimanche de carême en année C), aucun des deux frères ne manifeste une juste considération du père. L’aîné le tient pour un maître sévère et avare. Quant au cadet, il lui réclame son « dû » et le plante là. Il ne revient qu’en vue d’obtenir de lui un traitement d’ouvrier, ne pouvant espérer être reçu en enfant par celui qu’il a bafoué comme père. Pourtant, ce dernier, véritablement « prodigue », témoigne d’une générosité inépuisable pour ses fils ingrats.
L’image catastrophique que l’humanité se fait de Dieu est bien en question dans ces évangiles. C’est l’ennemi, le diable, qui lui souffle depuis le début de soupçonner le Créateur de toutes les méchancetés. Nos malheurs viennent du mauvais et de nos complicités au mensonge et à la haine qu’il ne cesse de distiller dans le monde, et lui nous suggère d’en imputer la responsabilité au Dieu de toute miséricorde. Ouvrons les yeux sur l’amour du Fils qui s’offre sur la croix, nous verrons la Lumière.
Père Marc Lambret